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samedi 20 février 2010

"Et la fureur ne s'est pas encore tue", Aharon Appelfeld



Quatre-vingt six courts chapitres pour ce livre d’Aharon Apppelfeld, au titre bien amer. « Et la fureur ne s’est pas encore tue ». Laquelle exactement ? Celle des nazis, celle des communistes (pas moins antisémites que d’autres, ce qui fait que la polémique sur le livre de Yannick Haenel Jan Karski… ), celle des Juifs eux-mêmes, qui ne se souviennent pas qu’ils sont princes ?...

Dès le début du livre, narré par le personnage de Bruno Brumhart, on est dans cette problématique qu’est la difficile appartenance au peuple élu. Il y a un peuple qu’on méprise, un peuple qui se cache, un peuple qui oublie sa foi : les Juifs.

Bruno Brumhat a cinquante ans et très tôt s’est trouvé privé de sa main droite. Privé également très tôt de son père puis de sa mère, déporté et promis à une mort terrible, cet handicapé, ce manchot ne doit finalement sa vie qu’au Frère Peter et à sa fameuse phrase : « les Juifs ont oublié qu’ils étaient des princes ». La droiture et la dignité qui découlent de ce statut seront des leitmotivs. A cela s’ajoutent les problèmes de la foi. Comment croire ?...

Dans cette narration très agréable à lire, au dialogue vif et efficace, la simplicité vient dire la complexité d’une relation au monde, aux autres. Sa femme ? Son fils ? Les compagnons de fuite ? Le silence, le sentiment énigmatique des choses remplacent peu à peu l’exubérance naïve du jeune garçon. Bruno Bruhart tente de sauver par la musique et par la lecture l’âme des êtres hagards et déracinés, ces hommes et ces femmes qui s’attendaient à retrouver leur maison mais n’ont trouvé que le néant.

Et la fureur ne s’est pas encore tue n’est pas un livre violent, ne contient rien de terrible, hormis ce qu’on sait, ce dont on se doute. C’est un livre qui témoigne de la grâce d’un homme aux prises avec ses propres démons. C’est un livre sur la foi, et sur la foi en l’Humanité, comme en témoignent les portraits élogieux de la mère de Bruno, qui n’a de cesse d’aider les pauvres, en bonne communiste, quand le Parti lui-même abandonne les Juifs. C’est un livre, en fin de compte, sur un « bon petit soldat », et ces mots pèsent, cette fois, avec bonheur et mélancolie.

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