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lundi 26 octobre 2009

Bergerie (5)


— Merci.

— De quoi ?

— De rien.

Ah oui !


"Victoire" , écrit par Conrad



Dans ce roman assez long : une île. Et sur cette île, un homme : Axel Heyst. Entre faux roman aventure et vrai récit métaphysique. Le Bien, le Mal, l’Homme, tout ça dit grâce à un éclatement narratif, très impressionnant, et des portraits très fouillés. Cependant, ces personnages bien campés ont tout de même leur mystère, et le lecteur est de plus en plus tenu en haleine par ces glissements, ses surprises narratives qui sont aussi celles de l’être humain. Un gentleman ne peut que lire un tel livre.


dimanche 25 octobre 2009

Albert Camus a écrit dans "L"Homme révolté" :

Ce n’est pas la révolte en elle-même qui est noble, mais ce qu’elle exige.

"Ciels", de Wajdi Mouawad



Effectivement, la dernière pièce de cette tétralogie est bien différente de Sang des promesses. Tant dans le propos que dans la forme. Cinq personnes, enfermées et isolées, essayent de faire échouer une attaque de grande ampleur, une attaque terroriste. Qui ? Contre quoi ? On ne sait pas, on n’en sait rien. Et celui qui savait est mort, en est mort. Et les spectateurs enfermés dans un cube assistent à l’enquête de ces personnages, rencontrent le Tintoret.

Un huit-clos, dont l’absurdité n’est pas l’homme mais ce qu’il a produit. La guerre. La guerre, dans laquelle nous baignons, avec ces flots d’images et ces bruits de bombardement. Cette guerre que je n’ai pas connue, mais qui arrivera bien un jour, à nouveau.

On ne peut pas dire plus, car toute la pièce est là, dans cette enquête et dans cette aversion. Là encore, il ne faut pas la voir, il faut prendre cette pièce avec soi, et ressasser jusqu’à l’éveil. L’art, l’art, toujours l’art. La seule arme sans doute, l’arme où se loge, en derniers recours, ce qu’il nous reste d’humanité.



"Le Sang des promesses", Wajdi Mouawad



Je me demande tout de même l’effet qu’a dû produire Le Sang des promesses à Avignon. Tous les avis sont unanimes, mais ils ne suffiront pas à décrire ce qui fut ressenti. On peut vaguement le pressentir, en avoir peur, après avoir assisté à la trilogie, de Littoral à Forêts, dans la même journée. Car Wajdi Mouawad est un grand metteur en scène et un grand auteur. Un homme de théâtre qui nous parle de nous, de nos guerres et de nos espoirs, en mêlant étroitement l’intime et l’universalité, comme Shakespeare ou Racine. Un grand, vous dis-je.

A vrai dire, ses pièces demandent le recueillement. Applaudir ? Oui, c’est sûr, mais après, ensuite. Ne pas retourner à cette réalité, tout de suite, ne pas considérer ces pièces comme un spectacle. Pour juste revenir à la réalité, empli d’une force et d’une conscience plus accrue de notre monde. Car Wajdi Mouawad nous parle du monde, de nos destins, de nos liens, de nos liens brisés, de ces liens qu’on porte et qu’on transmet à notre tour, déchirures sans cesses recousues. La guerre ? Laquelle ? Une : celle du Liban, celle du Moyen-orient, celle du Vingtième siècle. Celle des hommes entre eux. Longue chaîne ininterrompue qui a à elle-même sa propre histoire.

L’art pour dire et contrer cette volonté de guerre. Pour dire de manière aussi effroyable et si belle ce qu’elle est. Jets de couleur, de peinture, du rouge, du vert, du bleu, des lianes, des monstres, une vanité, l’amour. Du rire, parce que la vie est ainsi faite. Le rire et la joie ne sont là que pour mieux dire les tragédies et les ratés. Et permettre un choc esthétique renouvelé sans cesse et dont la résonance n’aura pas de fin. Il est des rencontres qui tombent à point nommé. Celle-ci aurait eu lieu, de toute manière. Rater un seul de ses futurs spectacles ne me semble pas envisageable. Et les voir ne suffiront pas à pouvoir les dire, car comment faire le tri raisonné, ensuite, de ce qui vibre et s’étend et se propage encore.

"Richard III", Shakespeare et F. Parmentier


Richard III, Shakespeare, mise en scène de François Parmentier


Cela faisait bien longtemps que je souhaitais voir un Shakespeare sur une scène de théâtre. Pour ce qui est des films, j’ai déjà donné… Alors cette soirée promettait. Un drame historique et cette suppliante : « Un cheval ! Mon royaume pour un cheval ! » Je piaffais d’impatience.

Pourtant, le choc n’allait pas être complètement au rendez-vous. Premièrement, parce que j’étais parti en retard de chez moi. Deuxièmement, parce que j’étais fatigué. Ma tête avait une forte tendance à ne pas vouloir rester droite, et fière, au dessus de mes épaules…

Heureusement que j’avais quelques rudiments en matière de guerre intestine et anglaise. Les York, les Lancastre, la guerre des Deux-Roses… je ne fus pas si perdu que ça, même si les meurtres se sont enchaînés et que le tourbillon emporta le reste de ma raison… En même temps, pour dire la folie des hommes et la haine d’un homme en particulier, on ne peut faire mieux que de « bousculer » le spectateur. Voire de le perdre. Qui est qui ? Fi donc ! Mauvaise question. Des vivants en sursis. Les morts se ressemblent tous.

Richard de Gloucester, l’homme laid qui se promet d’être roi, intrigue en effet à merveille et abat, l’un après l’autre, ses opposants, dont les portraits géants le surplombent au fur et à mesure des assassinats. Comme une épée de Damoclès, le signe d’une vengeance à venir, des fantômes. Qui verse le sang verra son sang couler à son tour.

Ce dispositif est très impressionnant, il rejoint dans sa narration les figurines en deux dimensions qui représentent les protagonistes de l’Histoire et qui traversent la scène. Un peu comme des pantins, comme des marionnettes, des jouets. Peut-être aussi comme les figures d’un échiquier.

Entre ces deux espaces (le devant de la scène et le rideau), se tient un pavement rouge et blanc, couleur des deux familles royales… et s’ajoutent des blocs gris, constituant tour à tour le trône, le cimetière, la table.

Il y a eu de beaux moments de poésie, de beaux tableaux, avec les couleurs, les ralentis, mis en valeur grâce à deux musiciens baroco-électriques ; et le personnage de Richard, que je trouvais brouillon et emprunté, prend peu à peu de la consistance. Il s’ajuste. Sa perfidie nous le montre toujours fragile et quand sa volonté de grandeur se réalise enfin, l’absurdité de sa geste éclate avec sa peur de mourir. Tout ça pour ça. Un grand final.


dimanche 11 octobre 2009

Pierre Loti a écrit dans "Le Roman d'un enfant" :


On a avancé que les gens doués pour bien peindre (avec des couleurs ou avec des mots) sont probablement des espèces de demi-aveugles, qui vivent d'habitude dans une pénombre, dans un brouillard lunaire, le regard tourné en dedans, et qui alors, quand par hasard ils voient, sont impressionnés dix fois plus vivement que les autres hommes. Cela me semble un peu paradoxal. Mais il est certain que la pénombre dispose à mieux voir ; comme dans les panoramas, par exemple, cette obscurité des vestibules qui prépare si bien au grand trompe-l'oeil final.

Philippe Toussaint : "La vérité sur Marie"


La vérité, c’est surtout que j’ai lu ce roman il y a plus d’un mois, que trois scènes structurent ce livre, que tout se dit entre les lignes, que l’écriture est limpide et somptueuse à la fois. Qu’il faudrait que je lise, à nouveau, le deuxième livre de ce cycle, et que je lise le premier. Cela tombe bien : Faire l’amour se trouve dans ma PAL (il faut bien être moderne, vous êtes en train de lire un blog…), en raison d’un tout récent achat.

Il me vient l’idée d’écrire une vraie chronique sur ce cycle marial. Mais pour l’instant, je souhaite me pencher sur deux livres des Editions de Minuit :

- Cutter, d’Yves Ravey

- Coup de foudre, d’Eric Laurrent


Si jamais je suis motivé, j’irai à la rencontre de Jean-Philippe Toussaint, courant novembre. Il y a des hommes que le vent d’ouest accueille… .. .


Roger Nimier et son "D'Artagnan amoureux"



Petit à petit, j’épuise la liste des livres de Roger Nimier qu’il me reste à parcourir . Juste avant sa biographie, publié aux Editions de La Table Ronde et écrite par Olivier Frébourg, j’ai lu son D’Artagnan amoureux. A vrai dire, c’est du pur divertissement. La mélancolie vingtiémiste disparaît derrière le jeu de la reprise, dans la rencontre de D’Artagnan avec les grands personnages du XVII ème siècle. Le traitement est burlesque, et jamais je ne fus « touché » par le désespoir de d’Artagnan, pourtant soumis à des forces qui - forcément - le dépassent. Il se débat, et peine – on n’y croit guère. L’intérêt n’est sans doute pas là. Ultima desinvoltura.



jeudi 27 août 2009

Lecture prévues


Peer Gynt d'Ibsen (pièce de théâtre)

Victoire de Conrad (roman)

La délicatesse de Foenkinos (roman)